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Maternage et pédagogie : comment éduquer ses enfants simplement, dans ce monde de brutes ?
 Le maternage proximal n'est pas une assurance tous risques! | lundi 28 mai 2007
Depuis quelques temps, le voile se lève de plus en plus sur ce qu'on appelle le maternage proximal, c'est à dire l'art d'éduquer son enfant en étant à l'écoute de ses besoins physiologiques et psychiques les plus primaires. Dormir avec lui, l'allaiter jusqu'à ce qu'il ait largement passé le stade de la marche, le porter en écharpe, pratiquer l'hygiène naturelle (sans couches), ne pas donner de fessées ou tapes, l'accompagner dans ses pleurs, communiquer de façon non violente sont des exemples parmi d'autres des "principes" du maternage proximal.
Je découvre tout cela depuis 7 ans et j'avance toujours un peu plus sur ce chemin. Si nous réussissons un jour à faire ce troisième qui tarde tant, je pense que j'irai encore plus loin dans l'écoute de mes instincts naturels que je ne l'ai fait pour les deux premiers.
Mais il y a pourtant un discours ambiant qui m'énerve un peu et qui risque parfois de fausser les raisons pour lesquelles une jeune maman peut vouloir ou non adopter le maternage proximal. Ce discours consiste à dire que toutes les choses citées plus haut sont les meilleures qui soient pour l'enfant. Comme le signalait très justement Pascale dans son article, il est complètement stupide d'expliquer à la Nature qu'elle est meilleure que les trucs artificiels puisqu'a priori, tout a été conçu pour fonctionner à l'état naturel.
J'entends par là qu'il est grotesque de vouloir PROUVER que l'allaitement est meilleur que le lait maternisé puisqu'on n'a jamais vu un animal donner le biberon à son petit. Grotesque de vouloir prouver que le portage est meilleur que les outils multi-fonctions de la puériculture puisque l'on n'a jamais vu un koala ou un singe pousser un landau. Nous faisons partie de la Nature (je sais, je le répète toujours!) et par là même, elle nous a fourni tout ce qui était nécessaire pour nous occuper de notre petit : des mamelles, un corps chaud, des bras et des jambes musclés (si, si!), tout pour nourrir, porter et réchauffer notre petit.
Après vient bien sûr la CULTURE et il est clair que nous n'avons pas la même qu'une tribu d'Amazonie. De fait, parce que nous obéissons aux codes culturels, nous pouvons faire le CHOIX d'un autre mode d'éducation. Ce n'est ni bien ni mal et il n'y a aucun jugement dans mon propos, c'est juste le respect de notre fonctionnement culturel. N'empêche, mêmes celles qui "biberonnent", "poussettent" et font dormir leur bébé dans une chambre séparée, ne pourront pas le nier : ce n'est pas NATUREL.
Alors, messieurs les scientifiques, pédagogues, pédiatres, psychologues et autres sociologues, pas la peine de vous escrimer à faire des tests par centaines pour nous prouver que le maternage proximal est le meilleur, on le sait. La Nature l'a voulu ainsi. Maintenant, libre à chaque femme, à chaque famille, de faire le choix qui lui convient.
Pourquoi insister sur ce choix et ne pas défendre moi aussi, l'allaitement longue durée, le cododo et le portage, alors que j'en parle et que je le défends?
Parce que je me rends compte que certaines mamans, culpabilisées par les discours ambiants ou influencées par les résultats des tests scientifiques, font un choix qui n'est pas celui de leur coeur, avec des conséquences parfois dramatiques pour les bébés et les mamans. Je me rappelle cette nièce qui allaitait sa fille parce que "les médecins disent que c'est bon pour elle". Seulement elle vivait très mal cet allaitement, elle se sentait salie, humiliée par ce geste, impudique à son goût. Elle continuait à allaiter à contre-coeur, ne regardant pas son bébé au sein mais étant convaincue que son "sacrifice" aiderait son enfant!
De trop nombreux exemples autour de moi montrent que des mamans investissent dans le maternage proximal comme on place son argent en banque, pour qu'il "rapporte". Ainsi, des mamans portent leurs enfants en écharpe parce qu'on leur a assuré que les petits ainsi portés pleuraient moins ou deviendraient indépendants, étant rassurés affectivement. Des mamans allaitent parce qu'on leur a garanti que les enfants allaités étaient moins malades ou avaient de meilleurs résultats scolaires. Des mamans cododotent parce qu'on leur a promis que leur enfant n'aurait peur de rien car aurait été rassuré depuis sa naissance et j'en passe....
Je sais bien que ce type de maternage a tellement subi de critiques que ses défenseurs ont voulu rassurer, informer, et promouvoir ce mode éducatif. Mais à force de tests qui "prouvaient" la bonne santé, l'intelligence, la maturité, l'équilibre psychique des enfants maternés, on a transformé le maternage proximal en produit marketing. Combien de mamans portent aujourd'hui leur nourrisson en écharpe parce que c'est fun (alors même qu'elle le laisse hurler à 1 mois "pour qu'il se fasse les poumons") ? Combien allaitent parce que cela donne une image de "bonne mère" ou parce que "c'est bon pour le bébé" tout en espaçant les tétées des maudites 4 heures réglementaires!
Les discours et les tests ont brouillé les choix. Aujourd'hui, une maman qui veut donner le biberon ou qui pousse son petit en landau à 3 jours est presque mal vue. C'est dommage. Je crois que la seule raison qui nous peut nous pousser à materner, c'est l'ENVIE et non des espérances quant aux futurs "résultats" de cette expérience.
J'ai allaité mes deux enfants assez longtemps, ils ont tous deux développé chacun des maladies chroniques (otites pour l'une, bronchiolites pour l'autre) dès l'âge de 2 mois.
J'ai utilisé la poussette pour ma fille qui est devenue une grande marcheuse et une petite fille indépendante. J'ai porté mon fils jusqu'à 3,5 ans en écharpe (il m'arrive ponctuellement de le porter encore), il déteste marcher et a été "sauvage" pendant très longtemps.
J'ai installé ma fille dans sa chambre dès le retour de la maternité (sans pour autant jamais la laisser pleurer), c'est une petite qui n'a AUCUN problème de sommeil et qui n'en a jamais eu (ni problèmes d'endormissement, ni peur d'aller au lit, ni réveils nocturnes) J'ai cododoté partiellement avec mon fils. A 4 ans, il se lève toujours 5 à 6 fois avant de s'endormir et il n'est pas rare qu'il finisse sa nuit dans notre lit.
Loin de moi l'idée de dénigrer le maternage proximal, au contraire, j'y crois beaucoup et je suis heureuse de l'avoir pratiqué avec mon fils et partiellement avec ma fille, je ne regrette rien et si c'était à refaire (j'espère que ce sera le cas bientôt), j'en ferais 10 fois plus ! Mais je veux juste insister sur le fait qu'on ne peut pas materner pour de mauvaises raisons. Et espérer ainsi rendre son enfant plus fort physiquement et psychiquement, est peut-être une mauvaise raison. Car l'on risque d'être fort déçue de son "investissement" si, comme pour mon fils, cela ne "donne pas les résultats escomptés".
Je n'ai pas materné mon fils pour qu'il soit moins malade ou qu'il devienne plus indépendant. Je l'ai fait parce que j'en avais ENVIE.
Alors, lorsqu'on nous demande pourquoi on allaite notre enfant à 2,5 ans ou pourquoi on le porte en écharpe à 3 ans ou pourquoi il dort avec nous, ou pourquoi il n'a pas de couches, ne répondons pas par des chiffres et des résultats à des tests scientifiques, ne répondons pas par des phrases toutes faites tirées des magazines ou des livres pro-maternage.
Répondons par nos vraies raisons (c'est pratique, ça me plaît, ça me fatigue moins, c'est moins cher...) qui ne sont peut-être pas aussi glorieuses ni aussi épatantes, mais ces raisons-là sont les seules valables car ce sont les raisons du COEUR.
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|  N'ayez pas peur, la société pense à tout! | vendredi 25 mai 2007
Un livre sur les pédagogies différentes (Montessori, Steiner, Freinet et compagnie)
Un chapitre sur la déscolarisation.
Et l'avis de deux journalistes "impartiales" :
"Des parents excessivement protecteurs, qui craignent peut-être la confrontation de leur enfant avec le monde extérieur, peuvent être tentés par la déscolarisation. (...) Il est sûrement très gratifiant pour les parents d'étendre ainsi leur rôle et d'accaparer toutes les fonctions possibles de l'adulte près de l'enfant. Le danger est grand de voir des parents choisir une option qui tient surtout compte de leur propre désir et de sa satisfaction, au risque d'exposer leurs enfants à la solitude et à de grandes difficultés à venir. Pour un surdoué qui passe le bac à 14 ans, combien d'échecs ou de revers? "
Ce n'est pas tant la critique de la déscolarisation qui m'a interpellée (puisque ces dames ne semblent pas bien avoir étudié les réelles raisons qui poussent les parents à déscolariser) que cette phrase : " Il est sûrement très gratifiant (...) d'accaparer toutes les fonctions de l'adulte près de l'enfant."
Je me suis simplement demandé pourquoi il était choquant qu'un parent veuille occuper toutes les fonctions auprès de son enfant. Je me suis d'abord interrogée sur cette notion de fonctions et je me suis demandé si nos deux journalistes ne la confondait pas avec la "toute-puissance" qu'exercent certaines mères sur leur enfant, toute-puissance que je pense effectivement nocive.
Entendons par "toute-puissance" la volonté que peut avoir un parent de représenter la seule et unique vérité, la seule et unique image du monde, le seul et unique miroir de l'enfant. Parce que l'adulte fait croire à son enfant qu'il a sur lui pouvoir de vie ou de mort, que c'est lui seul qui écrit et dicte les règles, parce que l'adulte tout-puissant se pose comme ultime juge des actes de l'enfant, parce que l'enfant grandit en ne construisant son estime de lui et sa confiance en lui que sur les fondements jetés par l'adulte, ce dernier le manipule et lui interdit de devenir un être pensant et un être différent de lui. Oui, ça, c'est de la toute-puissance et je ne crois sincèrement pas que ce soit la motivation première des parents qui déscolarisent. Je crois même pouvoir dire, sans me tromper, que bon nombre d'enfants scolarisés vivent pour autant avec des adultes exerçant sur eux leur toute-puissance. Rien à voir, donc, avec la déscolarisation ou pas. La toute-puissance relève plutôt, à mon sens, de la psychiatrie.
Si on prend alors le mot "fonctions" dans son sens premier, c'est à dire "rôles", je pense pouvoir dire que les parents (et les mamans plus encore) les exercent déjà, que l'enfant soit scolarisé ou pas! Ne sommes-nous pas en effet les premières institutrices lorsque nous leur apprenons à parler ou à empiler des cubes?
Ne sommes-nous pas les premières infirmières lorsque nous soignons des bobos plus ou moins importants (selon nos compétences et nos médecines, naturelles ou pas)?
Ne sommes-nous pas leur premier lien avec le monde lorsque nous les présentons, que nous les nommons auprès des autres?
Ne sommes-nous pas également celles qui leur apprennent à faire du vélo, à nager, à faire un gâteau, à nouer leurs lacets, à s'habiller, à gérer leur argent de poche, à aimer la musique, à tenir un appareil photo et que sais-je encore?
Il est clair que depuis leur naissance, nous endossons alternativement plusieurs fonctions et que cela ne semble choquer personne sauf quand...
Sauf quand on en fait trop. Sauf quand, lorsqu'on leur apprend à dessiner, on en profite pour leur apprendre à écrire (parce que ça, c'est le boulot de l'enseignant), sauf quand, lorsqu'on leur apprend à faire du vélo, on leur apprend aussi à le réparer (parce que ça, c'est le boulot du réparateur), sauf quand, lorsqu'on leur apprend à faire un gâteau, on leur apprend aussi à faire la confiture ou les glaces (parce que ça, c'est le boulot du supermarché), sauf quand, lorsqu'on leur apprend à aimer la musique, on leur apprend aussi à jouer quelques notes (parce que ça, c'est le boulot du club de loisirs)
Bref, nos fonctions de parents s'arrêtent là où commence la société de consommation!
Car après tout, qu'aurait à craindre une société dans laquelle des parents exerceraient intelligemment et volontairement plusieurs fonctions auprès de leurs enfants? De quoi ces journalistes, cette société, peuvent-ils bien avoir peur devant des parents qui s'investissent dans l'éducation proximale de leurs enfants? De la castration psychique de ces enfants? Non, puisque nous avons fait plus haut la différence entre "toute-puissance" et "fonctions parentales".
Nous ne sommes, à la base, que des animaux. Et je ne me vois pas demander à cette mère chatte si elle pense outrepasser ses droits de parent en s'accaparant toutes les fonctions auprès de ses chatons... A l'autre bout de la Terre, il semblerait également bien étrange de demander à une maman yéménite si elle castre psychiquement son enfant en lui servant de poussette, doudou, biberon, institutrice, animatrice, infirmière...
L'Occident se vante d'être riche et civilisé. On pourrait le symboliser par la consommation et la psychologie. Deux valeurs qui, certes, ont bien des avantages, qui, certes, ont bien contribué à l'évolution de notre société et la mise en place de notre culture. Mais elles ont surtout totalement échappé à notre contrôle et nous les subissons aujourd'hui davantage que nous n'en profitons. Tout est aujourd'hui soumis au pouvoir de la consommation et au crible de la psychologie. Plus aucun de nos comportements n'est naturel. Même enfanter, même élever nos enfants. Tout est source d'angoisses, de questionnements et d'interprétations. Ces angoisses tentent de trouver leurs réponses dans la consommation. Et cette consommation provoque souvent de nouvelles angoisses, liées aux insatisfactions. Et c'est comme cela que notre monde occidental tourne.
Alors imaginez 5 minutes que les êtres humains veuillent reprendre le contrôle de leurs sens et de leurs comportements naturels. Imaginez qu'un parent veuille éduquer son enfant, au sens où l'entendent les 3/4 de la planète, c'est à dire de A à Z (Z étant le moment où il est armé pour affronter son destin)
Que deviendrait alors notre société de consommation? Que deviendrait une institution comme l'école si les parents s'organisaient en petits groupes pour éduquer leurs enfants? Que deviendraient le corps médical et ces grands laboratoires pharmaceutiques si l'on apprenait à écouter et à respecter notre corps en utilisant la Nature pour le soigner? Que deviendraient les centres de loisirs et les clubs de sport si les parents se mettaient à jouer au ballon et à courir avec leurs enfants?
Pourquoi faire naître son enfant naturellement lorsqu'il existe des hôpitaux et des anesthésistes à faire vivre?
Pourquoi allaiter son enfant, le porter sur son dos et le faire dormir dans son lit quand il existe des commerçants de la puériculture qui ont faim?
Pourquoi élever son enfant quand il existe des crèches qui réclament des budgets?
Pourquoi vouloir croire que le parent est SUFFISANT pour les larges premières années de la vie de son enfant alors que toute une société s'emploie à nous faire comprendre que l'on est SUPERFLU et ACCESSOIRE ?
Elever son enfant et refuser les choix imposés par la société ne relève pas de la castration de l'enfant mais simplement de la peur de nous voir sortir du rang et remettre en cause un système qui se nourrit lui-même : celui de la consommation.
Les êtres pensants sont dangereux. Imaginez qu'un jour ces gens-là puissent construire leurs maisons, fabriquer leurs vêtements, cultiver leurs légumes et instruire leurs enfants. Toute une société qui s'écroulerait parce que ces hommes et ces femmes se veulent libres et propriétaires de leurs pensées, de leurs envies, de leurs besoins, de leurs désirs, de leurs pulsions, de leurs comportements?
Non... Trop dangereux. Prenons plutôt le contrôle de leur nature profonde, codifions leurs envies, conditionnons leurs comportements, créons ou détruisons leurs besoins. Et surtout, éradiquons les sentiments. "Nombre de pédagogues mettent en garde contre les conséquences néfastes de la subordination de la relation éducative à la relation affective"
Garde à vous! Soldats, à mon commandement, MARCHEZ !
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|  Arrêtons de tromper nos enfants | lundi 14 mai 2007
Lorsque l'on évoque l'écologie, on pense au tri des déchets, à l'agriculture biologique, aux économies d'énergie, au vélo et au commerce équitable.
On la voit moins dans certaines de nos décisions. Et pourtant...
Beaucoup de choses se bousculent dans ma tête actuellement et je vois l'écologie partout, surtout là où, hier, je n'aurais pas soupçonné son existence. Dans la déscolarisation par exemple. En quoi instruire en famille peut-il relever d'un comportement écolo?
Parce qu'en reprenant les rênes de leur éducation, je montre à mes enfants que je suis un élément de la Nature, un animal, chargé de les faire grandir et de les aider à devenir des adultes capables de se débrouiller dans notre monde.(vous noterez que je dis « se débrouiller » et pas « des adultes épanouis et heureux », ça, j'estime que ce sera leur boulot à eux)
Je leur montre que l'Institution ne décide pas, pour notre famille, de ce qui est bon ou non et que nous faisons partie de la Nature avant de faire partie d'un système. J'espère ainsi les libérer des pressions médiatiques, publicitaires qui sévissent jusque dans les écoles. J'espère aussi les ramener à des instincts de survie (savoir se nourrir, se vêtir, fabriquer ce qui nous manque et utiliser ce que la nature nous offre), chose que les instits (et je le comprends bien) n'ont pas le temps de faire avec 25 gamins par classe. Entre faire pousser une graine de haricots dans du coton et cultiver un mini-potager chaque jour, même dans un jardin de ville, la leçon à tirer n'est pas la même. Dès lors, quand les enfants comprennent comment fonctionnent les saisons, d'où vient le repas sur la table et le pull qu'ils portent, le comportement écolo s'inscrit en eux, comme une seconde peau, pour préserver la Terre qui leur apporte tant de joies et de plaisirs concrets et affectifs.
Je me souviens d'un après-midi où mes enfants jouaient dans le jardin. J'entendis ma fille de 6 ans dire à son frère de 3,5 ans : « On dirait qu'on était pauvres » J'ai pensé qu'il n'y avait vraiment que les gamins de pays riches pour s'offrir le luxe de jouer à être pauvres! Mais, à part cette pensée fugace, j'ai demandé à ma fille pourquoi elle « jouait à être pauvre »
" parce qu'ils ont de la chance les pauvres!
Pourquoi ?
Parce qu'ils fabriquent tout ce qu'ils ne peuvent pas acheter. Alors que nous, on va au magasin, c'est moins drôle! Moi je voudrais apprendre à fabriquer des trucs "
Entendez par là que son désir était de vraiment savoir FABRIQUER des objets de la vie de tous les jours, pas un bricolage en rouleaux de PQ pour la fête des mères ou des cadres en mosaïque, comme on le faisait déjà lors de nos après-midi « bricolage pour petites mains » que je lui propose en bonne mère de famille que je suis. Non, son désir à elle, c'est d'apprendre à planter des carottes et à faire du savon, choses que nous expérimentons actuellement. Parce que les bricolages qu'elle entasse sous mes yeux énamourés lui font plaisir mais pas tant que d'apprendre à devenir une « grande ».
Un de mes élèves me faisait le même genre de réflexion ce matin : « Mais Madame, ce que l'on apprend à l'école, je ne m'en sers jamais dans la vie de tous les jours » C'est vrai.
L'école n'apprend pas à nos enfants à devenir des adultes qui sauront se suffire à eux-mêmes, à s'occuper de leur famille. Les voies générales ne leur apprennent même pas un métier. Dans la plupart des pays, les enfants apprennent qui à pêcher, qui à fabriquer des filets, qui à filer la laine ou à mener le troupeau aux pâturages, qui à piler le mil ou à construire une maison, bref, des choses utiles pour leur future vie d'adultes. Nous, nous avons un des systèmes scolaires les plus stricts, qui représente des budgets énormes (toujours trop faibles, je sais, je sais!!), des millions de mètres carrés de surface sur l'ensemble du territoire, des milliers d'individus pour gérer l'éducation de nos enfants, un marché colossal pour les vendeurs de livres, d'informatique, de fournitures scolaires, de mobilier et j'en passe. Pourtant, à aucun moment, cette solide et envahissante institution n'apprend à nos futurs adultes à faire une vidange, à remplir des formulaires administratifs, à cultiver des légumes, à tricoter, à écrire une lettre, à décrypter une petite annonce, à cuisiner...
« Encore heureux! » me direz-vous, « car c'est là le travail des parents! L'école ne doit pas éduquer à la place des parents »
D'ACCORD, mais qu'on lève alors cette grande hypocrisie qui consiste à dire que l'école est ce qui prépare le mieux les enfants à leur vie d'adulte. Que l'on cesse de dire que, sans l'école, ils ne trouveront pas de métier, alors que, justement, on ne leur y apprend rien du métier en question ! (je ne parle pas des voies techniques)
On pourrait croire, suite à mes derniers articles, que j'ai vraiment pris l'école en grippe. C'est faux. Ce matin encore, j'ai fait, avec mes élèves, un cours sur la science-fiction qui leur a manifestement beaucoup plu. Les textes choisis leur montraient comment la science-fiction est une critique de la société et une remise en question de nos choix ou non-choix de vie, nous avons eu un débat très intéressant sur la technologie et ses dangers, sur les prouesses techniques et leurs dérives, sur la volonté d'un monde parfait et le risque de la pensée unique et du conditionnement. Alors, vous voyez, rien à voir avec comment faire pousser un chou ou repasser sa chemise. Pourtant, ils ont apprécié car notre discussion leur a sérieusement secoué les méninges, ce qui est très sain, à 13 ans.
Alors? Elle critique l'école ou pas? On n'y comprend plus rien!
Je ne dis pas que l'école ne sert à rien. Je dis juste qu'il faut en finir avec l'idée stupide que l'école est la réponse à tous leurs besoins. Je voudrais qu'on soit franc et qu'on arrête, nous les profs, nous les outils de l'institution, de nous comporter comme des vendeurs de savonnettes en porte à porte, en faisant croire aux parents que nous avons LE produit miracle pour amener leur progéniture vers la réussite!
Que l'école soit un lieu de culture, d'apprentissages globaux, de construction de la pensée et du raisonnement, d'apprentissage de la vie en groupe, de l'ouverture sur des matières variées, l'occasion de s'intéresser à des choses qui sont étrangères à notre quotidien, le lieu de la réflexion, de l'analyse, une main tendue vers la Culture et une porte ouverte sur l'avenir, soit. D'ACCORD.
Mais ne prenons pas l'école pour le produit 5 en 1 qui lave plus blanc que blanc et reconnaissons notre grande défaillance sur de nombreux points. Acceptons d'avouer que le collège unique est un échec et que ce système n'est pas fait pour tous.
Rêvons d'une école qui permette un accès à la culture et, parallèlement, une meilleure emprise sur le monde moderne. Rêvons de règles communautaires, de méthodologies, de “sanctions” (ou réparations), de vie de classe qui fonctionnent aussi en dehors de l'école et qui soient aussi des réalités dans le monde de l'entreprise. Les règles de fonctionnement que je vois dans la plupart des collèges ou lycées ne sont en fait que des règles qui satisfont les profs, eux-mêmes anciens élèves. En clair, on a l'impression que le seul métier possible où un élève y reconnaîtra ce qu'il a appris à l'école, c'est prof!
Rêvons d'une école où les élèves apprendraient des choses qui leur servent, tout en étant sensibilisés à ce qui leur paraît inutile! Rêvons de plus de concret et de matérialité, conjugués avec la réflexion et la pensée abstraite. Rêvons d'une école où chacun irait à son rythme et se serait intégré plutôt que “traîné”
Cette école est possible. A nous de l'inventer.
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|  L'éducation à l'envers | mardi 29 août 2006
Les questions d'éducation sont pour moi parmi les plus compliquées. Sûrement parce qu'elles rencontrent trop de résonances en moi. La question du droit de l'enfant à être entendu dans ce qu'il a de plus précieux et de plus pur, à être considéré comme un petit d'homme et non comme une pâte à modeler que l'on travaille selon ses propres objectifs d'adulte, à être respecté dans ses choix et dans la connaissance de ses besoins essentiels, cette question, donc, est une des plus difficiles qu'il m'ait jamais été posée.
Je suis toujours partagée entre la volonté d'éduquer mes enfants dans le respect de leurs libertés, l'écoute réelle de leurs besoins, la nécessité de les protéger de ce que je crois être des dangers ou des souffrances pour eux et l'envie d'être à l'écoute de mes propres besoins, la nécessité de me protéger de vrais dangers ou souffrances psychiques.
La fin des vacances se passe particulièrement mal avec mes deux enfants de 6 et 3 ans. Ils s'ennuient, ils tournent en rond, font des concours de bêtises, se bagarrent, pleurnichent, quémandent, me sollicitent toutes les deux minutes pour un jeu de société-un tour en vélo-faire un gâteau-faire du bricolage-des bisous-chanter –raconter une histoire-réparer le verre tombé par terre… bref, ils m'usent ! Ou plutôt : leurs demandes m'usent. Nos intérêts sont en ce moment très divergents : j'ai envie et besoin de finir des travaux entamés dans la maison, j'ai une dissertation à rendre au CNED début septembre, je prépare toutes mes conserves et mes confitures pour être tranquille cet hiver, je prépare la rentrée de l'association de parents d'élèves de l'école et je donne quelques cours pour pouvoir gagner un peu d'argent. Sans compter le quotidien qui ne m'oublie jamais : repassage, ménage, nettoyage, et tous les mots en –age.
Bref : je n'ai pas envie de prendre le temps pour leurs besoins, je n'ai envie de m'occuper que des miens (ou presque) mais je me couche chaque soir en culpabilisant de ne pas être plus présente pour eux en ce moment. Parallèlement, j'ai l'impression de les avoir « sur le dos » en permanence et de ne même pas être complètement à la réalisation de mes besoins. Conclusion : tout le monde est perdant !
Ce soir, ‘j'observais notre chatte qui a eu, il y a deux mois, 4 chatons. Depuis environ 15 jours, elle leur grogne dessus dès qu'ils s'approchent de ses tétines, elle leur file des coups de pattes… elle les sèvre. Lorsqu'elle a accouché, je voulais faire un article sur la façon dont elle s'occupait de ses petits, pour montrer le parallèle entre les animaux et les hommes, montrer notamment comment cette chatte restait à disposition de ses bébés en permanence, alors que tant de jeunes mamans se veulent déjà sur le pied de guerre du travail et de la séduction 2 mois après leur accouchement…
Aujourd'hui, j'observe cette chatte qui a été instinctivement si disponible et si maternante avec ses chatons, les rabrouer, les délaisser, les pousser à grandir. Et il me vient alors la réflexion suivante : n'éduquons-nous pas nos enfants à l'envers ?
Lorsqu'ils sont nourrissons (en médecine, le terme « nourrisson » est utilisé pour des enfants jusqu'à 3 ans) nous exigeons finalement d'eux une grande autonomie :
- dormir dans un lit à barreaux dès la sortie du ventre et le plus souvent dans une chambre isolée des parents (alors que 24 heures encore, le bébé était en corps à corps permanent avec sa mère)
- être nourris au biberon ou au sein, mais à heures fixes, comme s'ils devaient comprendre, dès 1 mois, que la vie est faite de contraintes et d'horaires
- être « propres » à un âge respectable (de préférence 18 mois pour que les leçons sur « comment mettre au pot » cessent enfin dans l'entourage)
- être placés en nounou à l'âge de deux mois...
- marcher rapidement et de façon artificielle grâce à tous les engins que les commerciaux de la puériculture nous inventent
- être promenés dans des landaus ou poussettes mais jamais sur les parents
- dormir et manger à heures régulières. Faire caca tous les jours, mais une seule fois de préférence.
- savoir manger rapidement à la cuillère. Et de tout s'il vous plaît…
Nous pourrions trouver encore une batterie d'exemples qui montrent comment, nous demandons très tôt à nos enfants d'être autonomes. Alors que, bizarrement, plus ils grandissent et plus on les protège, donc plus on les infantilise. C'est ainsi qu' à un âge raisonnable, beaucoup d'enfants ne « savent » pas encore s'habiller tout seul, ou s'essuyer aux toilettes parce qu'on ne les a pas laissé faire lorsqu'ils nous le demandaient, considérant qu'ils étaient trop petits.
De même, on peut râler sur nos ados qui ne mettent pas la table mais on oublie qu'on n'a jamais fait confiance à nos petits de 2 ans qui voulaient toujours aider, pour emmener leur assiette et leur verre.
On ne leur fait pas confiance pour faire leurs devoirs, pour choisir leurs activités sportives ni même parfois leurs livres à la bibliothèque. On leur dit que manger et en quelle quantité, comment s'habiller, que faire dans une situation où ils ne nous demandent pas toujours notre avis, quelles couleurs utiliser pour faire un beau dessin… On les empêche de grimper aux arbres parce que c'est dangereux, de sauter dans les flaques parce qu'ils seront trempés, de donner leurs jouets parce qu'ils seront tristes après, de refuser d'embrasser mamie parce que ça ne se fait pas, etc, etc…
En pensant à leur place parce qu'on ne leur fait pas confiance sur leur apprentissage des codes en société, en agissant à leur place parce que ça va plus vite, en ne les laissant pas faire leurs propres expériences pour leur éviter de souffrir ou de se tromper, on les ampute de la chose la plus importante qui soit pour un être humain : la confiance qu'il a en lui-même.
Ce sont donc des nourrissons privés des soins les plus élémentaires (portage, sein, cododo) puis ces enfants empêchés de grandir qui deviendront des adultes épanouis ?
Au moment où nous, les mères, nous devrions ne faire que donner pendant les toutes petites années de nos enfants, nous réclamons notre « droit à ne pas être une vache laitière » mais lorsqu'il s'agit de pousser l'oiseau hors du nid (car c'est bien de cela qu'il s'agit) nous le rattrapons par le bout de l'aile, prétextant qu'on ne l'a pas vu grandir et que, de toute façon, il est bien trop petit pour grandir !!
C'est ainsi que nous fabriquons des générations de Tanguy, qui préfèrent la chaleur du cocon familial à la fraîcheur du monde extérieur.
Je suis convaincue qu'il reste en nous des traces animales que nous passons la plus grande partie de notre temps à ignorer et à étouffer. Je pense donc, que si la Nature nous a donné des seins, c'est pour allaiter nos enfants, que si nous ne pondons pas des œufs mais que nous fabriquons nos petits dans notre matrice, c'est pour les garder encore sur notre corps lorsqu'ils sont sortis, et ce jusqu'à ce qu'ils soient « finis », c'est à dire, jusqu'à ce que le crâne se referme. Je pense aussi que dès qu'ils sont en âge de faire seul, nous ne devrions pas les en empêcher mais leur foutre la paix.
Je réfléchissais à tous ces peuples dits « sous-développés », à toutes ces tribus dites « non-civilisées », qui agissent exactement comme notre chatte : en maternant le petit jusqu'à ce qu'il soit en âge (souvent 3 ans : le sevrage) puis en le poussant à grandir par des rites d'initiation ou par le travail avec les hommes. Cela ne vous surprend jamais de voir qu'à l'autre bout de la Terre, un enfant de 4 ou 5 ans pêche, chasse, dépiaute un gibier, fabrique un arc et sait l'utiliser, porte son petit frère sur son dos et de l'eau sur sa tête… ? Nos petits occidentaux en sont bien loin, pas parce qu'ils sont plus stupides, mais parce qu'ils sont empêchés…
Les mères sont très dévouées à leurs enfants pendant leurs petites années mais après, les enfants vivent avec le reste du village : ils participent aux fêtes, aux repas, aux chants, aux activités du camp mais il ne viendrait à l'idée de personne de s'occuper exclusivement d'eux ! Il n'y a pas de centre aéré ou de ludothèque en Nouvelle Guinée !!
Et pour cause : une fois que les enfants savent marcher, manger seuls et se laver, ils sont intégrés comme des membres à part entière !
Voilà pourquoi, j'ai besoin, au bout de 6 ans, que mes enfants me fichent la paix et s'occupent tout seuls ! J'ai envie qu'ils participent aux activités de ma tribu mais sans que la lumière soit tournée plus sur eux que sur les autres occupants de la maison !
Je trouve notre conception de l'éducation bien alambiquée finalement. Nous avons des psys, des pédiatres, des spécialistes de la petite enfance, des éducateurs, des animateurs, des enseignants… et pourtant nous n'arrivons pas à une réflexion simple sur la façon d'élever nos enfants. Dès qu'un enfant naît dans une famille, c'est mille et une questions qui naissent avec lui… pourtant il suffirait de laisser faire la Nature.
Je crois qu'en ce moment, je n'ai plus « besoin » de mes enfants parce que ce sont eux qui n'ont plus « besoin » de moi.
Il n'y a aucun jugement de ma part dans cet article, je sais que chacun fait en fonction de ses nécessités, de ses convictions et de certains impératifs que l'on ne maîtrise pas toujours. Je ne juge pas les mamans qui donnent le biberon, qui doivent travailler et laisser leur enfant chez la nounou au bout du congé légal ou qui ont d'autres idées que les miennes sur l'éducation. Je m'interroge simplement sur la façon dont fonctionne notre société avec ce que je peux d'objectivité.
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|  Le poids du bonheur | mercredi 9 août 2006
Je fais partie de cette génération de personnes qui ont aujourd'hui des parents d'environ 70/80 ans, nés avant ou pendant la Seconde Guerre Mondiale. Ils ont connu le rationnement, la peur, le manque, la pauvreté, l'extrême misère parfois.
Mes deux parents sont issus de familles nombreuses et très modestes. Ils ont chacun perdu plusieurs frères et sœurs, morts avant l'âge de 18 ans, à cause des maladies le plus souvent. Si mon père n'a jamais souffert de la faim puisqu'il vivait en milieu rural et que la ferme leur apportait de quoi les nourrir, ma mère, en revanche, a connu les affres de la famine, elle qui vivait « à la ville » et dont les sept frères et sœurs devaient se contenter de ce que le père ramenait selon le travail journalier. Elle a mendié, a eu la tête rasée plusieurs fois pour éviter de se laver les cheveux, a quitté l'école à 9 ans pour « être placée » comme « fille de maison ». Elle a mangé des tomates pourries, déjà dévorées par les fourmis (qu'elle mangeait aussi), elle s'habillait avec les guenilles trouées que la paroisse collectait. Elle se contentait d'une orange à Noël, d'une toupie parfois. La première chose qu'elle se soit offerte, c'était sa robe de mariée, une simple robe en toile pour laquelle elle s'est privée de manger pendant un mois. Mon père l'a retrouvée inanimée dans son « garni ».
Elle a eu honte. Elle fut humiliée. Souvent. Trop souvent.
Ainsi, lorsqu'elle a eu des enfants, elle a mis un point d'honneur à ce qu'ils ne vivent pas la même chose. Ceux-là ne connaîtraient pas la faim, ni l'humiliation extérieure, ni la mendicité, ni l'illettrisme. Ma sœur et moi avons été chargées, comme beaucoup d'entre vous sûrement, d'une mission difficile : faire mieux que nos parents tant sur le plan scolaire que sur le plan matériel.
Sur nos petites épaules frêles de nouveaux-nés pesaient déjà le poids de l'humiliation et des souffrances de nos aïeux. Ma génération est celle de la réussite sociale. Pour laver l'affront de la pauvreté, de la misère affective, du manque d'éducation, nous avons eu comme mot d'ordre : « travaille à l'école, réussis dans les affaires, grimpe les échelons… » Bien que détestant lire, ma mère m'a toujours conduite à la bibliothèque, elle se mettait dans des rages folles si je ne ramenais pas des bulletins scolaires brillants, elle insistait pour que je visite des musées et que je m'instruise en permanence. La plus grande fierté de mes parents étaient d'avoir deux filles « aux études supérieures ».
Je pense pouvoir dire que ma sœur et moi avons réussi socialement. Je pense pouvoir dire que la plupart des gens de ma génération (entre 35 et 55 ans) ont réussi socialement, au sens où l'entendaient nos parents. Nous sommes nombreux à avoir un métier, un titre, une maison, une voiture, des actions, des tonnes d'objets utiles et inutiles. Nous sommes nombreux à savoir lire, écrire et compter. Nombreux à exercer des métiers au nom compliqué, qui n'existaient même pas du temps de nos parents. Nombreux à dépenser de l'argent. Nombreux à voyager. Nombreux à pourrir nos enfants de jouets et de vêtements. Nombreux à ne manquer de rien mais à vouloir toujours plus. Nombreux à avoir l'essentiel mais à désirer le superflu. En sommes, nous avons réussi là où nos parents le souhaitaient. Combien de fois entend-on d'ailleurs les vieilles personnes nous dire : « vous avez de la chance, vous les jeunes. Moi, de mon temps, je devais faire la lessive à la main, j'allais à pied, je n'avais pas d'aspirateur, d'ordinateur… La vie est facile pour vous aujourd'hui »
Oui, sauf que :
Nous sommes nombreux aussi à ne nous endormir qu'avec un tranquillisant. Nombreux à voir un psy. Nombreux à être stressés. Nombreux à errer dans un travail qui ne nous épanouit pas. Nombreux à crouler sous les dettes. Nombreux à tomber malades, de façon chronique. Nombreux à se sentir débordés par l'éducation de nos enfants, ces mutants-matérialistes overdosés de jeux vidéos à 5 ans. Nombreux à perdre pied dans ce tourbillon de l'OBJET.
Nous avons simplement souffert de devoir réparer la génération précédente. Nous avons souffert de certains comportements de nos maîtres à l'école, de nos patrons dans les entreprises, de nos congénères dans notre vie sociale.
Oui, nous avons le matériel que n'avaient pas nos parents, oui nous avons tout pour être heureux sur ce plan là. Mais, d'abord, il semble que nous ayons surtout tout pour nous rendre malheureux puisque la course à l'argent et aux objets nous a lancé dans une quête sans fin, dans laquelle nous n'arrivons jamais à satiété. Nous voulons toujours plus (de technologie, de progrès, de services, de loisirs, de choix…)
D'autre part, pour atteindre cet idéal matériel, il nous a fallu trimer à l'école, puis au travail, notre rapport à l'argent s'en trouvant alors souvent modifié et compliqué. Nous avons dû essuyer des brimades affectives, des châtiments corporels, des humiliations…
Ainsi, ce qui a manqué le plus à la génération Dolto, c'est l'écoute, la compréhension, le sentiment d'être heureux. « Le blues du businessman » en est un exemple parfait.
C'est pourquoi, avec Alice, nous discutions l'autre soir de ce que notre génération était en train de laisser comme mission à la génération suivante. Il semble que nous allons leur laisser deux missions qui ne sont pas plus simples que celles dont nous avons été chargées par nos parents.
La première, c'est sûrement de sauver la planète et de réparer nos conneries. Je trouve cette mission terrible parce que, non seulement, elle montre notre grande lâcheté à ne pas réparer nous-mêmes ce que nous détruisons, mais elle représente un travail titanesque pour nos enfants et petits-enfants à venir… Il est possible que dans 100 ans, la plupart des métiers seront consacrés à réparer nos conneries.
La deuxième, c'est « d'être heureux ». Il est logique que nous souhaitions du bonheur à nos enfants. « Peu m'importe ce que feront mes enfants, du moment qu'ils soient heureux » Nous pensons ainsi les libérer de nos rêves, de nos ambitions pour eux, du poids de nos fantasmes d'enfants parfaits.
Cependant, « être heureux », c'est aussi une mission, et bigrement difficile ! Je ne pense que le Bonheur existe en boîte, je ne sais même pas s'il existe. Il y a des moments de bonheur mais on ne les savoure que parce qu'ils coexistent avec des moments de malheur. On peut être globalement heureux mais je doute que l'on puisse l'être béatement, en permanence.
Ainsi, nous demandons une fois de plus à nos enfants de nous réparer, nous qui n'avons pas toujours réussi à « être heureux » bien que nous ayons réussi ce que nos parents attendaient de nous.
Nous les chargeons d'une mission bien compliquée : trouver ce que nous-mêmes cherchons depuis une bonne décennie maintenant dans les médicaments, dans les loisirs créatifs, dans le sexe, dans les voyages, dans la consommation, dans les médecines douces, dans la nourriture, dans le matérialisme, dans les activités sportives, dans le travail, dans le couple, dans les séries télé, dans la publicité, dans les magazines, dans les cosmétiques, dans les formations professionnelles ou extra-professionnelles, dans l'amitié, dans la religion…. : le BONHEUR.
Une seule question se pose à moi : et si nos enfants ne le trouvent pas ? Considérerons-nous alors qu'ils ont raté leur vie ?
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|  La tortue sans carapace | vendredi 2 juin 2006
Sorties entre amies. Discussion sur la déscolarisation. Toujours les mêmes arguments contre. Toujours les mêmes réponses. Toujours la lutte des principes et des idées reçues contre l'optimisme démesuré et la volonté de changer le monde.
Mon herpès se met alors à saigner. Stop. J'arrête de discuter. On rentre dans un débat de valeurs où personne n'a raison ni tort mais où les enjeux affectifs sont trop importants. La soirée continue entre éclats de rire et confidences.
Je me couche un peu amère ce soir là, je réveille mon mari. Besoin de chaleur, d'amour, de compréhension. Besoin d'une carapace pour mon corps écorché. Besoin de discuter à 2h du matin de la vie que l'on souhaite donner à nos enfants.
Je peux entendre « je n'ai pas les capacités pour enseigner à mes enfants », « je ne les supporterai pas toute la journée », « il faut que je travaille, je n'ai pas d'autres choix que l'école », « je ne me suis jamais posé la question, l'école ça paraissait évident », « je n'aime pas apprendre, alors enseigner… »
Mais ce qui me blesse par dessus tout, c'est de constater que la société nous pressurise tellement qu'on finit par trouver tout à fait normal de la reproduire indéfiniment. Ce que je ne comprends pas, c'est qu'on puisse accepter d'élever nos enfants dans un mode de fonctionnement dont on souffre, nous, adultes, dans notre vie quotidienne. Ce qui m'interpelle, c'est qu'on puisse être à ce point convaincu qu'il faille présenter et valoriser aux yeux de nos enfants un monde que l'on critique.
- « Tu ne peux tout de même pas vivre dans une bulle »
Pourquoi ?
A partir du moment où je réussis à me suffire affectivement, intellectuellement, financièrement, à partir du moment où je ne vis sur le dos de personne et où je n'emmerde personne, qu'est-ce qui m'empêche de vivre dans une bulle où je construirais mon monde idéal ?
Marginale, moi ? Oui, et alors ? Ce n'est pas un « et alors ? » provocateur, c'est un vrai « et alors ? » celui qui vous pose la question : qu'est-ce que ça peut réellement faire ? De quoi avons-nous peur ? Qu'est-ce qui dérange ? Du fait que le marginal n'a pas besoin de « faire carrière » pour se sentir exister, du fait que le matérialisme ne l'aide pas à être quelqu'un, puisque respirer fait déjà quelqu'un de lui ?
Ou le fait qu'il nous pose face à nos petitesses d'esprit, à nos convictions étriquées, à nos réflexions stériles, à nos achats compulsifs, à nos valeurs matérialistes ? Au fait que nous, finalement, nous ne sommes pas LIBRES comme lui, nous nous engluons dans l'illusion, la possession, le paraître ? Aurions-nous peur de nous interroger sur la consistance de notre existence ? Qui sommes-nous vraiment sans cette maison/voiture/robe/coiffure ? A quoi nous sert ce besoin de paraître ? Quelle image renvoie-t-on aux autres avec ces miroirs aux alouettes ?
La question dérange. Il ne faudrait peut-être pas dire « tu ne peux pas vivre dans une bulle » mais « JE ne pourrais pas vivre dans une bulle »
Pourtant nous vivons tous dans une bulle par rapport aux autres. Il y a des tas de sphères que je ne pénétrerai jamais : la jet-set, le monde politique, le monde du grand patronat, la royauté, le star-système. Pour moi ces gens-là vivent dans une bulle. A échelle plus abordable, le fait de pouvoir dépenser de l'argent pour aller au théâtre ou pour partir à l'étranger fait de ma vie une bulle pour tous ceux qui vivent en dessous du seuil de pauvreté.
Alors, puisque nous vivons tous dans une bulle, pourquoi ne pas la construire nous-mêmes ? A la taille de nos envies, à la hauteur de nos rêves, à la grandeur de nos espoirs ? Je choisis ce parcours là.
- « Il faut bien leur apprendre les contraintes »
Pourquoi ?
Pourquoi devrais-je montrer à mes enfants que le monde est dur, salaud, injuste, désagréable ? POUR QUOI ? POUR FAIRE QUOI ?
Que préférez-vous : aller à une soirée où vos amis vous attendent pour rire et vous embrasser, ou aller en prison où tout est réglé y compris les heures de promenade, où la liberté est celle que des gardiens veulent bien vous accorder ? Je serais étonnée que vous choisissiez la deuxième solution. Qui n'aime pas recevoir de l'amour, qui n'aime pas être valorisé, entendu, choyé, félicité ? Qui n'aime pas rire, prendre du bon temps, se détendre ?
Si vous préférez ce qui est doux à ce qui fait mal, ce qui vous encourage à ce qui vous détruit, ce qui vous flatte à ce qui vous déshonore, vous, adultes, gens de raison, alors pourquoi en serait-il autrement de nos enfants ?
POURQUOI eux devraient-ils subir les contraintes, les brimades, les punitions, les dictées, les « devoirs », les « con-cours », les humiliations ? POUR FAIRE QUOI ?
Je n'ai encore rencontré personne qui soit capable de m'expliquer comment on réussit mieux en étant brimé qu'en étant félicité.
J'ai une réponse à ce pourquoi. Une réponse, pas LA réponse. La mienne, c'est tout.
Je pense qu'il serait intolérable d'accepter que nos enfants aient accès à l'amour qu'on nous a refusé. Nous, nous y sommes allés à l'école, et on a survécu (plus ou moins bien, on est d'accord), alors pourquoi eux ils devraient connaître autre chose ? Ce serait profondément injuste. Pour nous.
Ce serait montrer que nous avons été des cobayes, des victimes d'un système intransigeant et castrateur. On dévoilerait alors que nous, pauvres petits enfants de 3 ans, nous avons été propulsés à tort dans une machine à briser les rêves et les envies. Et ça c'est intolérable… Intolérable de penser que nous avons été des victimes d'un système, que nos envies et nos sentiments ont été sacrifiés pour des résultats au bac.
On souffrirait d'une telle découverte. Alors on préfère cautionner le système, ne pas le remettre en cause, au contraire même, le faire perdurer en lui sacrifiant à notre tour nos enfants « pour leur bien ». Notre mauvaise foi est la principale nourriture de notre société.
La compétition se sent dès la maternelle, on organise à l'occasion des fêtes scolaires, des concours de dessin, de poésie… Plus tard, on met des notes, on fait des classements, on donne des « devoirs » pour rassurer les parents sur le fait que « oui on fait bien autre chose à l'école que dormir ». L'enthousiasme qu'ont beaucoup d'enfants pour les apprentissages s'efface peu à peu pour laisser place à l'obligation d'aller en classe.
Combien d'entre nous étaient excellents jusqu'en CM puis ont lentement dérivé au collège pour finir par juste se maintenir au lycée ? On rétorquera que c'est parce que le primaire est facile et que plus on avance plus les apprentissages sont importants. Je répondrai qu'il n'est absolument pas « facile » pour un enfant d'apprendre à lire, à écrire, à compter… C'est juste qu'à ce moment là, il est encore dans le plaisir et non dans le devoir. On apprend mieux avec le sourire.
Imaginons que vous décidiez d'apprendre à coudre ou à jouer du piano et que tout le monde vous félicite pour vos travaux ou vos interprétations, il y a fort à parier que, satisfait de vous-mêmes et heureux qu'on vous encourage, vous travailliez de plus en plus et que vous deveniez une excellente couturière ou un excellent pianiste. Imaginons maintenant que vous ne réussissiez pas à faire ce que vous souhaitez, les autres ne reconnaissent jamais l'air que vous jouez… manifestement (vous le reconnaissez), vous n'êtes pas « fait pour ça », qu'allez-vous faire ? Travailler chaque jour d'arrache pied, vous contraindre à faire vos gammes ou laisser tomber ? Sincèrement… vous laissez tomber bien sûr, et c'est normal. Aucun être humain sain d'esprit ne se contraint lui-même à apprendre quelque chose qu'il n'aime pas, s'il n'y a pas d'autre but que de se faire plaisir…
Pourquoi en serait-il autrement de nos enfants ? Pourquoi un enfant de 12 ans travaillerait-il naturellement, sans qu'on lui ait demandé de le faire, les matières qu'il n'aime pas ?
Nos enfants travaillent sous la contrainte et non par plaisir. Quels adultes souhaitons-nous qu'ils deviennent ? Beaucoup d'enfants n'obéissent que par peur et non par respect. Quel monde allons-nous faire perdurer ?
Je ne suis pas parfaite. Je blesse souvent mes enfants, je les violente parfois par les mots ou les gestes. Je ne suis pas complètement LIBRE, je réponds à des contraintes, à des a priori, à des réflexes…
Mais je cherche, toujours et encore, car je veux éduquer des enfants libres et heureux.
Parce que je veux changer le monde.
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|  La télévision est dangereuse pour nos enfants. | vendredi 7 avril 2006
Je suis régulièrement effarée de voir avec quelle indifférence la télé et le cinéma proposent des programmes jeunesse qui n'en portent que le nom.
On trouve normal d'emmener nos enfants dès 3 ans au cinéma parce que c'est "un Walt Disney" alors qu'il est convenu de dire que depuis "Le roi lion", les Walt Disney et consorts sont surtout faits pour des adultes, avec un humour d'adultes, un réalisme visuel pour adultes et de la violence d'adultes.
On trouve normal de poser un enfant dès l'âge de 18 mois devant des dessins animés parce que "c'est mignon".
On trouve normal de leur montrer des conneries lobotomisantes, qui souvent prônent des valeurs de compétitivité, de puissance, de supers-pouvoirs, de manichéisme juste parce que "les copines de l'école regardent"
On trouve normal de les laisser jusqu'à 2 heures par jour devant cette boîte à images. Non? Faites le calcul : 1/2 le matin avant l'école parce qu'au moins il avale son biberon tranquille, 1/2 heure le midi à la pause déjeuner parce qu'il faut bien l'occuper, 1/2 avant le bain parce qu'il est intenable, 1/2 heure après le repas pour pouvoir finir de manger tranquille...
Parce que la télé nous propose des programmes apparemment adaptés, parce que les cassettes vidéos indiquent "dès 1 an" sur la pochette, on s'imagine que ces émissions sont sans danger pour nos enfants. On s'imagine surtout qu'elles ne sont pas violentes et qu'à partir du moment où c'est un dessin animé, cela ne peut pas leur faire peur ni les inciter à plus de violence.
C'est parce que l'on réagit avec notre logique d'adulte. Effectivement, vous comme moi n'avons pas peur des Teletubbies ou autres bonshommes sautillants colorés. Mais dans la tête d'un tout-petit, ces personnages apparemment gentillets peuvent ressembler à des personnages réels qui lui font vraiment peur (le boulanger, le voisin, la grand-tante...)
De plus, le cerveau du jeune enfant ne peut pas appréhender le film dans son intégralité. Il coupe donc le dessin animé en séquences dont il ne retient que certaines d'entre elles. C'est pourquoi il a besoin de revoir indéfiniment le même dessin animé, pour pouvoir lier les séquences les unes aux autres. Si l'enfant regarde un programme qu'il ne verra qu'une fois (parce que cela passe à la télé par exemple) il ne garde en mémoire qu'une séquence du film. Hélas, si sa séquence se termine par la chute du héros dans un trou ou par un enfant qui perd sa maman, il risque d'en être traumatisé même si, dans la suite du dessin animé le héros sort indemne et l'enfant retrouve sa mère. Il l'occulte.
Soyons ensuite étonné qu'il fasse des cauchemars ou qu'il développe des peurs que nous ne comprenons pas!
L'idéal serait de pouvoir visionner avec nos enfants les dessins animés et pouvoir leur expliquer ce qu'ils ne comprennent pas. Mais ce n'est pas toujours possible et nous n'en avons pas toujours envie.
Je me méfie particulièrement des âge indiqués sur les cassettes. Il n'y a que vous pour connaître le caractère et la sensibilité de vos enfants. Ma fille de 5 ans et demi a vu très récemment pour la première fois un dessin animé de Walt Disney alors que ses copines les connaissent pratiquement tous par coeur. Elle, elle n'était pas prête. Pas prête à voir des méchants, des sorcières, des monstres, pas prête à rester devant un film d'une heure et demie, pas prête à comprendre le discours à deux niveaux des films comme "Monstres et compagnie", "Shreck" et "Lilo et Stich". Je lui ai montré "Les Aristochats"
Ce qu'elle préfère pourtant, ce sont les programmes que j'emprunte pour son frère de 2,5 ans car elle les comprend absolument tous et c'est très important pour elle. Imaginez 5 minutes que vous regardiez un film en suédois, quel plaisir auriez-vous à part celui des images? C'est à peu près ce qui se passe lorsqu'un bébé regarde un Walt Disney.
Une fois encore, ne nous faisons pas avoir par le marketing qui nous vend du bonheur en boite pour les enfants. Nous sommes les parents et nous n'avons pas à laisser des publicitaires et des gagne-pognon nous dire ce que nos enfants sont en mesure d'aimer, de comprendre et d'accepter!!
Oui, les dessins animés peuvent parfois faire passer des valeurs que nous ne souhaitons pas inculquer à nos enfants. Comment leur expliquer que nous ne souhaitons pas les voir se battre, que nous ne voulons pas qu'ils se moquent des autres quand on leur sert, depuis leur plus tendre enfance des exemples d'enfants-rois crâneurs, ironiques, toujours prêts à faire des bêtises sans parler des "méchants" tous plus perfides, horribles, tentaculaires, les uns que les autres???
Comment pouvons-nous nous désespérer de voir des adolescents si insensibles à la violence du monde lorsque nous les laissons regarder des programmes où les héros sortent un flingue toutes les 2 minutes, où les phrases commencent toutes par "putain" et où les femmes ressemblent à des entraîneuses de bar?
Soyons logiques avec nous-mêmes et proposons leur des images d'un monde dont nous voulons, pas celles d'un monde que nous combattons. Il sera bien assez vite venu le temps où il faudra leur expliquer la méchanceté, la violence, les guerres.
Une bonne solution consisterait à seulement emprunter des cassettes vidéos (bibliothèque, copines) et à les visionner une fois avec eux en observant leur réaction. C'est ainsi que parfois, nous voyons que l'enfant a vraiment peur d'une séquence sans que nous comprenions pourquoi. Et nous pouvons ensuite zapper cette séquence là lorsqu'il regarde la cassette.
J'aime choisir des programmes à épisodes. Ainsi, nous définissons à l'avance le nombre d'épisodes qu'ils ont le droit de regarder.
Aucune copine de ma fille ne s'est jamais moquée d'elle parce qu'elle ne connaît pas Dora, Hamtaro et je ne sais encore quelle sorte de héros japonais. Ma fille connaît tous les personnages des films de Walt Disney parce qu'à l'origine de ces dessins animés, il y a des histoires réelles, des contes écrits par de grands auteurs, des légendes qu'on peut leur raconter avec des LIVRES (eh oui, Pinocchio et Cendrillon existaient avant Disney!) Elle ne se sent ainsi pas du tout en marge...
Ce sont les parents qui se moquent de moi, m'indiquant que je suis trop mère poule avec mes enfants, que je les brime, que chez moi c'est pire qu'un monastère. Effectivement, parce que ma fille n'a jamais vu Le Seigneur des Anneaux ou Harry Potter (je connais plein d'enfants de 6 ans qui ont déjà vu ces films), et qu'elle se régale devant les Barbapapa et Elliot l'élan, ces parents la prennent pour un bébé et me prennent pour une pauvre mère...
Je ne savais pas qu'on était adulte à 6 ans.
Ces parents ne comprennent pas non plus que ma fille ne joue jamais à l'ordinateur. En effet, là encore, les CD roms ne sont qu'un produit marketing qui nous fait croire que nos enfants apprendront à lire ou à compter en cliquant sur une souris. J'ai choisi de sensibiliser ma fille à la lecture en lui lisant des livres tous les jours, en l'emmenant à la bibliothèque et en laissant faire son cerveau très bien conçu. J'ai choisi de la sensibiliser à la numération en cuisinant avec elle (elle compte les oeufs, pèse la farine) et en lui offrant un calendrier qu'elle met à jour tous les matins. Elle réclame rarement de jouer à l'ordinateur.
La télé et l'ordinateur sont bien pratiques parce qu'ils nous permettent d'avoir la paix. Reconnaissons le, même si c'est difficile à avouer, quand proposons nous à nos enfants de regarder la télé? Lorsqu'ils jouent tranquillement dans leur chambre? Lorsqu'ils brassent dans le jardin? Lorsqu'ils nous font un câlin? Ou lorsqu'ils nous courent derrière en soupirant "j'm'ennuie"? Lorsqu'ils se battent entre frères et soeurs? Lorsque nous avons un truc à faire et qu'ils sont "dans nos pattes"?
Eteindre la télé c'est difficile parce que cela demande qu'on s'occupe d'eux. Et nous n'en avons pas toujours le temps ni l'envie. Alors assumons le fait que nous les laissons regarder pour avoir la paix et faisons le en connaissance de cause et de la façon la plus "saine" pour eux.
En règle général, je leur propose de regarder la télé à des moments très précis de la journée (le soir pendant que je prépare le repas par exemple) ainsi, personne n'est frustré. Mais j'essaie au maximum de leur proposer d'autres activités. Je ne nie pas que la télé est une activité, d'ailleurs, elle leur fait vraiment plaisir mais elle reste une activité passive.
Même si mes enfants la regardent, je reste convaincue de sa nocivité.
En tous cas, je me réjouis d'entendre la maîtresse dire à quel point elle apprécie l'innocence, la spontanéité et la naïveté de ma fille. Elle a 5 ans et demi. Et toute la beauté de cet âge.
Je connais une mère qui s'est bien moquée de moi et qui regrette aujourd'hui de voir ses enfants complètement accros à l'ordinateur et à la télé. Je ne les ai jamais vus jouer.
Je suis ringarde, j'assume. J'ai des enfants en forme d'enfants, ça me convient.
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|  Descolarisation : les freins | mardi 21 mars 2006
J'ai pris le risque de publier mon article sur la descolarisation sans qu'il soit terminé ni relu (ce qui lui vaut quelques fautes d'orthographe!). Je souhaite juste rappeler qu'il n'est en rien un règlement de compte avec le système et surtout pas le procès des enseignants. Pour avoir bon nombre d'amis profs ou instits, pour être devenue amie avec la propre instit de ma fille, je sais à quel point beaucoup d'entre eux sont dévoués, attentifs, ingénieux, aimants, valorisants... Mais ils le reconnaissent eux-mêmes, le système dans lequel ils évoluent ne leur permet pas toujours d'être totalement présent à chaque enfant.
Je pense que c'est encore plus flagrant au collège ou au lycée : le fameux programme oblige les profs à gaver nos enfants de savoir. Les devoirs qui ne sont souvent donnés que pour rassurer les parents sur le fait que leurs enfants travaillent, transforment nos élèves désireux d'apprendre en bachoteurs du week end. Les multiples contrôles (mon élève en a eu jusqu'à 9 par semaine!) ne prouvent en rien qu'un élève a acquis une connaissance, certains perdent tous leurs moyens alors qu'en classe, ils réussissent les mêmes exercices. Je ne parle pas des contrôles surprises qui sont pour moi une aberration, juste bonne à humilier, à fliquer, à faire clairement comprendre à l'élève qu'on n'a pas confiance en lui sur son désir d'apprendre. Pas étonnant que ceux-ci saturent!
Mon article précédent n'était pas terminé puisque je ne montrais qu'un côté de la médaille : les raisons de notre envie commune de pratiquer l'homeschooling. Il serait irrespectueux et malhonnête de ne pas évoquer les obstacles. (je ne parle que de ceux qui m'ont fait réfléchir, bien qu'il y en ait évidemment d'autres. Je n'aborde pas certains, juste parce qu'ils reposent sur des différences de valeurs et qu'il n'y a donc rien ni à démontrer ni à justifier)
- la socialisation : l'école est un lieu de socialisation. Oui. Mais il n'est pas le seul. Dès qu'un enfant naît, il entre dans un monde social. Parler à son enfant, aller avec lui à la boulangerie ou au marché, discuter avec les commerçants, sortir chez des amis, inviter des petits copains à jouer, participer à une fête de famille, aller dormir chez des copines, faire partie d'une association de parents où les enfants peuvent se rencontrer à loisir, aller à la ludothèque, au square sont des activités sociales.
Pourquoi l'école serait-elle la seule porte? Nous connaissons tous des enfants qui ne savent pas plus partager/faire équipe/discuter/s'affirmer à l'école qu'il ne le font hors de l'école.
Le problème n'est pas tant la "socialisation" que ce que l'on met derrière ce mot. Pour moi, être sociable, c'est savoir dire bonjour et au revoir lorsqu'on rentre dans une boutique, c'est savoir sourire aux passants et discuter parfois avec des gens que l'on ne connaît pas, dans une file d'attente par exemple. C'est pouvoir accueillir chez soi le nouveau compagnon d'une amie et le mettre tout de suite à l'aise, c'est savoir ouvrir sa porte, c'est savoir partager des moments de plaisir dans des lieux de rencontre, c'est savoir s'engager dans des assos, c'est aller vers les autres.
Je ne crois pas que l'on apprenne ces choses-là à l'école mais au contact de ses parents, frères/soeurs, référents. Nous sommes le premier être sociable (ou pas) qu'ils connaissent. A nous de leur donner l'exemple et leur montrer combien notre sociabilité nous rend heureux.
Par contre, si on entend par sociable : arriver à l'heure, s'asseoir quand on nous le demande, savoir faire passer le travail avant le plaisir, connaître les lois et les sanctions, respecter des interdits qui ne servent que les intérêts des grandes personnes (genre : je ne dois plus aller faire pipi après que la cloche ait sonné), aller travailler même quand on est fatigué, lever le doigt pour s'exprimer, savoir se tenir en société, ne pas manifester d'affection à quelqu'un qu'on apprécie (apparemment, dans certaines écoles, dès le CP, les maîtresses "limitent" les bisous) alors oui l'école est utile, mais personnellement ce n'est pas ce que j'appelle être sociable, c'est ce que j'appelle être obéissant. (et j'ai en ce moment avec l'obéissance des rapports qui frisent la nausée mais cela fera l'objet d'un autre article)
- l'égoïsme parental. Apparemment certains pensent que je n'ai pas compris "qu'on ne fait pas les enfants pour soi", d'autres s'imaginent que je suis une Jocaste, castratrice et surpuissante "tu veux être tout pour eux", enfin il y a ceux qui pensent que je n'aime pas rester seule et que j'utilise mes enfants comme des jouets qui servent mon orgueil et mon besoin d'auto-satisfaction (genre : c'est moi qui l'ait fait)
Je réponds à ceux-là qu'il ne faut jamais s'être occupé de ses enfants pendant plus de deux heures pour ne pas savoir qu'ils demandent une attention et une énergie considérables. Comment peut-on traiter d'égoïste une personne qui partagera son savoir, son temps et sa disponibilité? Comment peut-on traiter d'égoïste quelqu'un qui s'occupera de ses enfants du matin au soir, sans pouvoir fermer la porte de la "classe"?
Quant à l'idée que je veuille être tout pour eux, je l'entends mais ne l'accepte pas. C'est oublié qu'à la base, nous sommes, nous parents, effectivement les personnes les plus importantes pour notre enfant. Que nous le voulions ou non, que nous l'acceptions ou non, nous sommes leurs référents, leurs modèles, leurs exemples. Et je trouve qu'enseigner ce que je sais à mes enfants ou chercher avec eux ce que je ne sais pas, c'est au contraire remplir pleinement ma mission de guide, d'accompagnateur dans la vie. C'est leur montrer que je ne délègue pas à des inconnus la construction de leur avenir et de leurs valeurs. Vous apprenez bien à vos enfants à être polis, à faire du vélo, à découper, à planter des graines, à jouer de la musique, à chanter, à aimer le théâtre, à découvrir les dessins animés de votre enfance ou un livre qui vous a plu, n'importe quoi qui vous anime et que vous avez envie de partager avec lui! Pourquoi, dans ce cas, refuser de leur apprendre encore plus?
Et si moi, ce que j'aimais par dessus tout, c'était apprendre? Et si moi, ce que je souhaitais leur transmettre par dessus tout, c'était des connaissances? Et si moi, ce qui me donnait le plus de plaisir, c'était d'apprendre avec ma fille comment se forment les algues?
Cela ne signifie en rien que vos enfants n'auront pas d'autres référents. Bien au contraire! Ma fille a déjà des adultes référents qui lui apprennent autre chose et contre lesquels elle fait rebondir mes méthodes d'éducation. Il y aura toujours dans l'entourage de votre enfant d'autres référents : une marraine, un parrain, un oncle, une amie, la maman d'une petite copine ou d'un petit copain...
- "la vie est dure, on ne peut pas toujours les surprotéger". Bien facile. Mais pour moi, il s'agit du problème de l'oeuf et de la poule : qui a commencé? Sommes-nous malheureux parce que la vie est dure? Ou la vie est-elle dure parce qu'on l'apprend dès 2 ou 3 ans? (et qu'on devient durs à notre tour, qu'on l'enseigne à nos enfants qui l'enseignent...)
- "On n'a pas assez de recul sur ces enfants éduqués à la maison, on ne sait pas s'ils vont bien s'adapter plus tard aux conditions parfois difficiles de la vie en société, à force d'être trop couvés, trop écoutés, on va en faire des mauviettes incapables de se défendre". Hmmmmmm. C'est vrai. C'est pourquoi, il vaut mieux les mettre à l'école, nous avons aujourd'hui une centaine d'année de recul et nous voyons bien que ce système fabrique des jeunes gens épanouis, heureux de vivre, confiants en l'avenir, sûrs d'eux, équilibrés, à l'aise dans la société et sur le marché de l'emploi. Nous voyons bien comme ces jeunes gens savent se défendre, en jetant des extincteurs et des pavés sur les forces de l'ordre. Ce ne sont pas des mauviettes, juste des jeunes gens qui manifestent leur trop plein de bonheur et leur enthousiasme. Ce sont juste des jeunes gens conscients de la chance qu'ils ont eu d'aller à l'école.
- "L'école à la maison, écouter ses enfants dans leurs affects et leurs besoins, c'est bien joli, mais c'est utopique". On appelle souvent "utopie" les choses que l'on n'ose pas réaliser parce qu'on a la trouille. Il est bien plus simple de dire " cela ne marchera pas, je n'y arriverai pas" plutôt que "que pourrais-je faire pour...?" On s'endort dans la routine du système et on laisse les rêves à la génération suivante, pour peu qu'elle ait encore un peu de motivation.
Pourtant je me souviens d'avoir appris à l'école qu'en 1789 des hommes et des femmes ont pris les armes pour que je puisse vivre aujourd'hui libre et égale à mes congénères. Je me souviens que mon père m'a raconté le Front Populaire et les premières grèves, le droit de vote aux femmes et mai 1968. Je me souviens d'avoir vu aux infos le premier bébé éprouvette et le soulagement de millions de futurs parents. Je me souviens avoir tremblé et pleuré un soir de novembre 1989 en regardant tomber le mur de Berlin.
A l'origine, c'était des utopies.
- "tu n'auras plus de temps pour toi. Il faut que tu vives!" Je vis, regardez-moi : je marche sur mes deux jambes, mon coeur bat. Je vis. Vivre pour moi n'a jamais signifié avoir une carrière ou réaliser des choses dont on parlera encore après ma mort, de bâtir un empire financier, de remplir des bas de laine, de construire un patrimoine, de me "réaliser". Je suis déjà une réalité, je n'ai pas besoin de me le prouver en accumulant les réussites, comme on édifie une statue sur une place pour se souvenir.
Je suis une femme et une mère, c'est ma seule mission et ma seule passion. J'essaie, je fais des erreurs, je pleure beaucoup, je me questionne, je lis, j'écris, j'avance, je stagne, je recule, j'avance encore, je cherche. Je suis loin loin loin loin d'être une mère parfaite, je suis même sacrément imparfaite. Mais être vivante, m'occuper de mon foyer, de mes enfants et de mon mari, c'est ma seule passion. Je suis une chercheuse en éducation, je ne touche pas de salaire, je ne fais des découvertes qui ne servent qu'à moi, je ne suis pas utile à la société. C'est un choix.
- "Moi je ne pourrais pas, j'aime trop mon travail et puis mes enfants, je les adore mais je ne les supporterais pas toute la journée!!" Tant mieux si votre carrière vous remplit de joie et tant mieux si vous vivez la vie que vous voulez vivre. Vos enfants sont sûrement très heureux! L'important est toujours de s'écouter.
- "même si je le voulais je ne pourrais pas, nous ne pouvons pas nous passer de mon salaire!" C'est sûrement la seule raison avec celle précédemment citée que je comprends complètement. Avec mon mari, si nous faisons ce choix là, à la rentrée ou l'année suivante, c'est que nous avons réduit notre train de vie grâce à la simplicité volontaire. Nous pouvons ainsi nous passer de mon salaire. S'il fallait vendre la maison demain pour vivre comme nous le souhaitons, nous n'aurions aucun scrupule à le faire. Ce n'est qu'une question de priorité.
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|  Descolarisation : les raisons | Par Laurence, lundi 20 mars 2006
En faisant le rangement dans mes papiers, j'ai retrouvé et relu tous mes bulletins scolaires depuis le CP. J'ai été frappée par deux choses :
- La première, c'est que dès le CP, l'institution a pointé du doigt mes faiblesses en EPS (j'étais un peu maladroite) et mes difficultés en mathématiques (j'étais un peu étourdie). L'étiquette "nulle en maths, nulle en sport" m'a collé à la peau jusqu'en terminale, provoquant chez moi des crises de spasmophilie avant les contrôles de maths et des complexes physiques terribles en cours d'EPS.
Cela paraît anodin mais j'en ai gardé longtemps des séquelles. Je n'ai appris à nager qu'à l'âge de 16 ans, grâce à Alice, qui a su me donner confiance et me libérer du traumatisme d'avoir été lancée à l'eau en CP par un maître nageur impatient.
Je suis incapable de jouer entre copains à un jeu de ballon, incapable de faire du roller, incapable de pratiquer la danse (que j'adore) ou la gym (dont je rêve) tant la peur d'être empotée, balourde, ridicule me submerge. Voilà 10 ans que je n'ose pas passer le concours de professeur des écoles à cause de l'épreuve de sport.
Merci l'école.
Quant aux maths, j'ai longtemps tellement cru que j'étais stupide que je ne recomptais jamais ma monnaie au marché, que je ne faisais jamais de simples additions en public. Aujourd'hui, par d'autres biais, je me rends compte que j'ai simplement une autre logique que celle qu'on me demandait. C'est ainsi que je donne même quelques cours de maths à un élève dont je m'occupe après l'école.
- La deuxième chose dont je me suis rendue compte, c'est qu'il y avait une différence majeure entre mes notes et les souvenirs que j'avais de moi élève. J'aimais apprendre, j'étais attentive et participative. J'ai souvenir d'être un élément moteur, déléguée de classe, à l'initiative de nombreux projets, admirative de mes profs. J'ai souvenir d'être une bonne élève.
Or, en regardant mes notes, je me rends compte qu'à partir du collège, j'étais plutôt une élève moyenne, y compris dans les matières où j'avais souvenir d'exceller. Par contre, conformément à mes souvenirs, les appréciations étaient excellentes. Tous les profs, du CP à la Terminale, m'ont toujours appréciée.
Je me dis alors que, si apprendre a toujours été une passion, ce qui expliquait mon implication en classe et le sérieux de mon travail, je ne me reconnaissais pourtant pas du tout dans le système de contrôles, notes, classement, moyenne générale et devoirs à la maison.
Moi j'aimais juste APPRENDRE, pas faire des exercices débiles de baignoires et de robinets.
Parce que l'école n'a fait appel qu'à mes connaissances et pas à mes compétences, parce que l'école ne m'a jamais écoutée dans ma logique personnelle, dans ma façon d'enregistrer, je me retrouve, à 30 ans, incapable de passer le CAPES de lettres, étant persuadée qu'une fois encore on attend de moi un savoir encyclopédique que j'imagine impossible à ingurgiter. Mes amis profs, mes propres profs d'université, mon élève, le fils de mon mari, m'affirment que j'ai le niveau et que je serai "une super prof". Je n'ose pas. J'ai peur. Tout ça parce qu'un jour, on m'a estampillée "nulle en maths" au lieu de me laisser du temps.
Les étiquettes laissent longtemps leurs marques.
C'est pour toutes ces raisons et pour des tas d'autres que j'ai proposé à ma fille de 5 ans de ne pas intégrer le CP l'année prochaine et de lui faire l'école à la maison.
- parce que c'est une petite fille intelligente, vive, curieuse et que je ne souhaite pas qu'elle s'éteigne
- parce que les rythmes infernaux de l'école usent nos enfants
- parce qu'en tant que prof, autant être celle de mes enfants. Elle en a envie, moi aussi
- parce qu'il y a 10 000 façons d'apprendre et que l'éducation nationale est loin de proposer la meilleure
- parce que je ne peux pas d'un côté défendre la simplicité volontaire, la décroissance, l'altermondialisme, le respect de soi-même et lui faire intégrer un système où elle apprendra à 6 ans à être compétitive, à se placer au dessus des autres, à produire, à apprendre pour être la meilleure et non par plaisir
Bien sûr j'entends déjà les critiques : et la socialisation? tu veux juste la garder pour toi. Elle ne s'autonomisera jamais. La vie est dure, il faut bien qu'il le comprenne de bonne heure. C'est interdit d'éduquer son enfant . C'est juste l'attitude d'un parent égoïste. Tu ne vas plus exister en dehors d'eux...
Bien sûr, j'ai déjà réfléchi à toutes ces questions et j'ai même des réponses à fournir. Je n'ai pas le temps d'y répondre maintenant.
L'article n'est pas fini.
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|  Que voulons-nous transmettre à nos enfants ? | vendredi 10 février 2006
La question de la transmission se retrouve dans la plupart des magazines pour parents. Il semble important aujourd'hui de "transmettre" quelque chose, comme si vivre et être au mieux avec ses convictions personnelles ne suffisaient pas à montrer l'exemple...
Alors je me suis interrogée moi aussi sur cette idée de transmission. Et la simplicité volontaire s'est une nouvelle fois imposée à moi. Le fait de me simplifier la vie, de me détacher du "toujours plus", de cerner jour après jour ce qui est mon "assez", ma tendance sérieuse à la décroissance, le désencombrement matériel, la volonté d'aller de plus en plus vers le "fait maison" m'ont clairement montré la seule et unique chose que je souhaitais leur transmettre : rester simple et à l'écoute de ses besoins naturels.
Je maintiens ce que je disais dans mon article sur "les jouets simples", les enfants pratiquent d'emblée la simplicité volontaire, ils sont également naturellement écolos. Je reste convaincue que c'est nous qui leur apprenons à se compliquer la vie. Parce que nous sommes nous-mêmes souvent englués dans la consommation, nous les éduquons en consommateurs et nous nous plaignons quand, à 5 ans, ils réclament toute la journée de nouvelles choses et ne savent plus juste sauter et grimper aux arbres.
Pourtant, c'est nous qui :
- mettons la première goutte de sirop de fraise dans leur verre d'eau. Par essence, les enfants boivent le lait de leur mère et de l'eau.
- achetons la première dizaine de hochets à grelot, vibreurs, sauteurs, bruiteurs... par essence, les bébés se content de regarder les rideaux qui bougent au gré de la brise ou le linge qui tourne dans la machine à laver.
- faisons de Noël (même le premier) un "toujours plus" en matière de consommation. Par essence, ce que les petits enfants aiment dans les fêtes, c'est de passer de genoux en genoux, de se coucher plus tard qu'à l'ordinaire, de manger ce qu'ils veulent et de participer aux préparatifs.
- mettons nos enfants devant la télé et/ou l'ordinateur pour la première fois. Par essence, les enfants aiment juste s'amuser et passer du temps avec nous.
- faisons porter des vêtements de marques (même à 1 mois) ou leur créons une garde-robe fashion où tout est assorti. Cela ne fait plaisir qu'à nous. Par essence, les enfants aiment avoir chaud l'hiver, frais l'été et être à l'aise dans leur vêtements pour pouvoir sauter et courir. Ils ne comprennent pas naturellement l'intérêt de ne pas se salir.
- mettons entre leur mains, en nous extasiant, le jouet de la marque machin ou le super-truc-bidule-qu'on-a-acheté-très-cher. Par essence, les enfants aiment qu'on leur fabrique des choses, même si elles nous semblent moches ou neuneus, parce qu'ils sont fiers qu'on ait passé du temps à leur confectionner quelque chose.
Vous pouvez continuer la liste seul(e)s, je suis sûre que vous trouverez plein d'autres exemples. En étant des sur-consommateurs, on leur enseigne que consommer en permanence, que se couper du monde et des autres (par la télé ou les jeux vidéos), que porter des marques fait d'eux quelqu'un d'important, pire, fait leur personnalité. Adultes, ils croient alors que seuls leurs signes extérieurs de richesse pourront parler d'eux à leur place, qu'ils les définiront mieux que ce qu'ils ont dans le coeur.
En fait, je réalise que je n'ai rien à leur transmettre, j'ai juste à prendre garde à ce qu'ils conservent toujours leur naïveté, leur simplicité et leur sagesse naturelle. Qu'ils restent simples! Quand on y réfléchit, ce sont eux qui me transmettent quelque chose.
Un dernier exemple : ma fille de 5 ans adore les poupées depuis qu'elle a 1 an. Elle commençait à peine à marcher qu'elle traînait déjà sa première poupée par les cheveux. C'est une passion.
Depuis, chacun connaissant son amour des poupées lui en a offert de toutes sortes. Elle en a une dizaine, dont certaines de valeur.
Récemment, j'ai emprunté un livre à la bibliothèque intitulé : "Comment fabriquer ses poupées" dans l'idée d'en faire une pour ma filleule.
Ma fille m'en a demandée une avec grande insistance. Très étonnée qu'elle puisse apprécier les poupées en tissu face à celles qu'elle possède déjà, j'ai expliqué que le premier essai ne serait peut-être pas concluant et que la poupée que je fabriquerais serait sûrement moins jolie que les siennes.
Elle m'a répondu que c'était différent, que cette poupée là serait belle parce que c'est sa maman qui la lui aurait fait et qu'elle serait fière de le dire à ses copines.
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